Nouveaux classiques : Glass, Bowie, Greenwood
Le 23 octobre, la série des "Nouveaux classiques invite pour son démarrage Des icônes rock à l’orchestre : dans sa musique pour le film There Will Be Blood, Greenwood s'affranchit de Radiohead. Quant à Glass, il réinvente le mythe Bowie, entre atmosphères sombres et énergie urbaine.
À la fin des années 1970, David Bowie traverse une période décisive. Installé à Berlin-Ouest avec Brian Eno, il compose la célèbre « trilogie berlinoise » — Low (1977), Heroes (1977) et Lodger (1979) — et fait basculer le rock vers des territoires plus atmosphériques, répétitifs et expérimentaux.
Fasciné par ces albums, Philip Glass y reconnaît des procédés proches de ses propres recherches minimalistes. En 1992, il compose sa Symphonie nº 1 « Low », suivie en 1996 de la Symphonie nº 4 «Heroes», commande de la chorégraphe Twyla Tharp, puis, bien plus tard, de la Symphonie nº 12 « Lodger » (2019), achevant une véritable trilogie symphonique inspirée de Bowie. Il ne s’agit pourtant ni d’orchestrations des albums originaux, ni d’un « best of » symphonique : Glass transforme motifs, harmonies et climats des chansons en œuvres autonomes, hypnotiques et immersives. Bowie soutiendra activement ces réinterprétations, assistera à plusieurs concerts de Glass et enregistrera même une partie de son album Earthling dans les Looking Glass Studios du compositeur à New York.
Ce dialogue entre cultures populaires et écriture orchestrale trouve un prolongement naturel avec Jonny Greenwood. Guitariste et principal architecte sonore du groupe rock culte Radiohead, aux côtés de Thom Yorke, Greenwood participe à l’évolution spectaculaire du groupe anglais, de OK Computer à Kid A, albums devenus des références majeures du rock moderne. Nourri autant par les masses sonores du compositeur polonais Krzysztof Penderecki que par l’électronique d’Aphex Twin, pionnier britannique des musiques électroniques atmosphériques, Greenwood développe une écriture tendue, répétitive et très cinématographique. Sa collaboration avec le réalisateur Paul Thomas Anderson révèle pleinement cette facette : pour le lm There Will Be Blood (2007), Greenwood compose une partition sombre et obsessionnelle où les cordes deviennent une véritable force dramatique. Une musique à la frontière du rock, du cinéma et des nouveaux classiques d’aujourd’hui.