La musique américaine vue par Christian Arming

Arming dirige la musique américaine

Le directeur musical de l'OPRL présente le programme des concerts de Nouvel An de l'OPRL.

Pourquoi avoir envisagé un concert de Nouvel An 100% américain ?

De manière générale, la musique américaine est l’expression d’un certain optimisme ; elle est remplie de joie, sans doute parce que les États-Unis sont un pays relativement jeune. On peut évidemment trouver des compositions plus tristes ou mélancoliques, par exemple chez Samuel Barber, mais, de toute évidence, la création américaine est avant tout animée par une énergie positive. C’est pourquoi il nous a semblé une bonne chose de proposer un concert de Nouvel An qui porte cet optimisme en soi.

Pourquoi West Side Story de Bernstein est-il une musique fascinante ?

Ce qui rend d’abord l’œuvre exceptionnelle, c’est la parfaite symbiose entre différents styles musicaux : Bernstein était si doué qu’il a réussi à combiner avec une habileté extraordinaire la musique classique au jazz, aux musicals de Broadway et même à la musique latino (certains thèmes sont d’authentiques mélodies portoricaines). On peut passer de « Maria » au « Mambo » de manière tout à fait naturelle, tant sur le plan dramaturgique que musical. Ensuite, Bernstein est un orchestrateur de génie. L’œuvre originelle est écrite pour un orchestre de chambre, selon les conventions et les nécessités scéniques de Broadway, ce qui n’empêche pas la musique de sonner d’une manière pleine, comme si on était face à un véritable orchestre symphonique. Seul un génie de l’orchestration peut parvenir à un tel résultat. Richard Strauss dans Ariane à Naxos ou Britten dans son Tour d’écrou (pour 13 instruments !) accomplissent de pareils prodiges ! Lorsqu’il réalise sa Suite, Bernstein réorchestre sa partition avec Sid Ramin et Irwin Kostal pour un grand ensemble ; il y ajoute notamment une armada de percussions. Nous jouerons cette Suite qui est un véritable « best of » de la comédie musicale. 

Avez-vous découvert le spectacle West Side Story par la comédie musicale ou par le film ?

À Vienne, le répertoire des musicals est très en vogue depuis les années 80 dans un théâtre comme le Ronacher, qui propose des spectacles dans le style de Londres ou de New York. Curieusement, West Side Story n’était pas à l’affiche dans ma jeunesse. J’ai donc découvert le film en premier. C’était au début des années 90, lorsque j’ai acheté mon tout premier LaserDisc (l’ancêtre du DVD). Le film a eu un impact irrésistible sur moi. La qualité des images, l’histoire d’amour, les scènes de rivalité, les réminiscences de Shakespeare, la musique, tout me fascinait, même si je connaissais déjà la partition !

Strike Up the Band de Gershwin est également à votre programme. Quelle est la particularité de cette pièce ?

Comme chez Bernstein, nous sommes dans un mélange de jazz, d’éléments de Broadway et de classique. La seule différence réside dans les nombreuses références à la musique militaire, en raison du contenu même de la pièce, une satire politique sur les États-Unis et leur facilité à déclarer la guerre à tout bout de champ.

Pour les concerts de Nouvel An, l’OPRL invite pour la première fois la violoniste Liza Ferschtman. En quoi est-elle extraordinaire ?

Je n’ai jamais joué avec elle mais je sais qu’elle fait partie des « Rising Stars », ces solistes prometteurs qui parcourent les grandes salles de concerts de l’Europe. Elle est réputée pour la splendeur de sa sonorité, pour sa musicalité et son sens de l’intonation. Je suis impatient de jouer avec elle d’autant qu’elle n’a pas choisi le concerto le plus facile du répertoire.

L’OPRL et vous démarrez l’année 2019 au Concertgebouw d’Amsterdam. Qu’incarne pour vous cette salle mythique ?

Je dois avouer que je n’ai jamais dirigé au Concertgebouw. Je suis heureux d’y faire mes débuts avec l’OPRL qui, lui, connaît déjà cette salle. C’est un honneur de jouer dans ce lieu historique qui a accueilli des personnalités aussi marquantes que le chef néerlandais Willem Mengelberg, Gustav Mahler ou Bernard Haitink. Ce sera aussi un véritable plaisir, tant son acoustique est réputée. Il y a une anecdote qui circule sur la « dangerosité » de la salle pour les chefs d’orchestre : il faut descendre plusieurs marches assez périlleuses avant d’arriver à son pupitre. Il s’agit d’être prudent car certains chefs y ont perdu l’équilibre, avec tous les inconvénients que cela implique…

Propos recueillis par Stéphane Dado

Réserver :
Liège, 11 janvier, 20 heures
Liège,

12 janvier, 16 heures (Samedis en famille)