Happy Hour ! : 100 % Rossini

Pierre Solot

Le mardi 24 février, à 19h, les Happy Hour ! de l’OPRL mettent à l’honneur les deux visages du célèbre compositeur italien, de la flamboyance opératique à la confidence chambriste. 

En un peu moins de vingt ans à peine, Gioachino Rossini (1792-1868) bouleverse l’univers lyrique et signe près de quarante opéras qui enflamment les scènes européennes. De ses irrésistibles comédies — au premier rang desquelles Il barbiere di Siviglia (1816) — à ses vastes fresques héroïques et politiques comme Semiramide (1823), Le Siège de Corinthe (1826) ou Guillaume Tell (1829), il transforme en profondeur la tradition italienne et incarne la modernité de toute une époque.

Son apport est décisif : il dynamise les formes en structurant chaque air ou chaque ensemble en une vaste architecture en quatre sections — le fameux pezzo chiuso — modèle que ses contemporains reprendront jusqu’à Verdi. Il électrise le discours musical par ses crescendos devenus légendaires, sculpte la ligne vocale avec un art consommé de la vocalise et allie virtuosité, éclat et efficacité dramatique. Son écriture, à la fois brillante et d’une précision redoutable, séduit autant qu’elle impressionne, inscrivant durablement son empreinte dans l’histoire de l’opéra.

Ce Happy Hour! se déploie ainsi comme un diptyque : d’un côté, l’éclat et le panache du théâtre ; de l’autre, la confidence et la subtilité chambriste. 

Et pourtant, à 37 ans, au sommet de sa gloire, Rossini se retire de la scène lyrique. Fatigue d’un rythme de création effréné ? Désaccord avec l’évolution du goût vers un grand opéra spectaculaire qui ne correspond plus à ses aspirations ? Lassitude face aux contraintes du théâtre ? Le mystère demeure et nourrit la légende.

Installé à Paris après Guillaume Tell, il ouvre un nouveau chapitre, plus intime. Pour ses amis et les salons choisis qu’il fréquente, il compose des pages de musique de chambre et des pièces pour piano qui constituent un pan essentiel — quoique plus discret — de son œuvre. Loin des feux de la rampe, il cultive un art de la miniature, raffiné et souvent malicieusement ironique, où la liberté d’invention s’épanouit avec élégance.

Ce Happy Hour! se déploie ainsi comme un diptyque : d’un côté, l’éclat et le panache du théâtre ; de l’autre, la confidence et la subtilité chambriste. Un portrait contrasté et profondément humain, à l’image de Rossini lui-même. Le concert réunira cinq brillants instrumentistes à cordes de l’OPRL et sera présenté par le fidèle Pierre Solot, dont l’humour irrésistible et la verve communicative auraient certainement enchanté la personnalité joyeuse et spirituelle du compositeur.