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Exclusif : L'OPRL crée une œuvre entièrement composée par un outil d'IA première en Belgique !

Pierre Solot

Les 1er et 2 avril 2026, l'Orchestre Philharmonique Royal de Liège a été le premier orchestre belge à créer une musique entièrement générée par un outil d'intelligence artificielle générative : Danse de l'Aube (que l'on peut écouter intégralement ci-dessous). La composition a vu le jour dans le cadre d'une série de concerts découvertes, les « Music Factory », qui décortique à chacune de ses séances un thème spécifique. 

L’occasion était trop belle, autour du 1er avril, pour ne pas proposer le thème « What the Fake ?! ». Notre présentateur, Pierre Solot, y a exploré avec esprit les plagiats et autres contrefaçons en musique — un choix de programmation parfaitement en phase avec la date. Cette expérience est une preuve par l'absurde qu'on a encore besoin d'humains dans la création musicale et d'ailleurs l'OPRL compte bien continuer à mettre en valeur les vrais créateurs : son carnet de commandes auprès des compositeurs et compositrices de musique est déjà bien rempli pour les prochaines années.

 


           Photo d’Isidore Archambault vers 1899 © Gemini_Gemerated_Image

À l’instar de certaines stratégies de storytelling observées dans les musiques populaires contemporaines, les équipes de l’orchestre ont demandé à un outil d’IA générative d’inventer un nom et d’imaginer un véritable récit autour de ce créateur fictif.  Isidore Archambault (1874–1941) y apparaît comme un compositeur de transition, né à Montréal dans une famille de luthiers, formé au Conservatoire de Paris, et engagé dans une tentative de synthèse entre le contrepoint classique et les audaces harmoniques de l’impressionnisme. Solitaire, fasciné par les automates, il aurait conçu une « machine à composer » à l’origine de ses dernières œuvres, anticipant de manière ironique les logiques contemporaines de l’intelligence artificielle. Son catalogue imaginaire — qui comprend Les Murmures de l’Automate (1908) mais aussi Les Algorithmes du Cœur (1939), en passant par une symphonie intégrant des sons industriels et un opéra sur la perte de contrôle du créateur — met en scène une tension constante entre mécanisme et expressivité, entre calcul et sensibilité.


La cheffe d'orchestre Maria Fuller tenant la partition d'Isidore Archambault

La création de Danse de l’Aube relève certes du clin d’œil, mais elle constitue également une expérience riche d’enseignements, tant par la complexité de son processus d’élaboration que par la nature de son résultat final, patiemment ajusté grâce à la collaboration de musiciens professionnels — une initiative inédite en Belgique. L'œuvre soulève une série de questions sur ce que signifie encore " composer » ? L'acte est-il limité à la génération de sons ou s'agit-il d'une création assistée, l'œuvre peut-elle se passer d'une intention humaine, est-il possible de créer de l'émotion à partir de prompts et d'algorithmes ou bien une telle démarche est vide de sens ? Chacun aura sa réponse et, à cet égard, la Danse de l'Aube a pu autant séduire que laisser indifférent.

D’une durée relativement brève (5’20’’) (voir la vidéo ci-dessous), l’œuvre est écrite dans un style romantique et joyeux pour un orchestre complet, mobilisant les cordes, les bois, les cuivres et les percussions, des paramètres déterminés au départ par Robert Coheur, Directeur de la programmation de l’OPRL. L’exécution publique de Danse de l’Aube, à la Salle Philharmonique de Liège, sous la direction de la jeune cheffe canadienne Maria Fuller, a permis de mesurer un autre aspect essentiel : la transformation qualitative opérée par l’interprétation humaine. 


Christelle Heinen, bibliothécaire de l'OPRL 

Sa genèse révèle un processus d’une grande complexité, dont chaque étape, relatée ici en détail grâce à l’incroyable travail réalisé par la bibliothécaire de l’OPRL, Christelle Heinen, à la tête des opérations, met à nu les limites actuelles des technologies mobilisées. Si le fichier sonore engendré par l'IA est convaincant, la génération de partitions s'est avérée désastreuse, il a fallu recourir à l'oreille de Bertrand Luzignant pour réaliser un matériel d'orchestre jouable par tous les musiciens. Ainsi, cette expérimentation met en lumière, de manière rigoureuse et progressive, l’écart persistant (probablement provisoire) entre génération sonore automatisée et formalisation musicale écrite, réaffirmant, au terme de multiples essais, la nécessité de l’expertise humaine dans le passage du son à la partition.

Lire le processus de création et la biographie d'Isidore Archambault