Yanowksi : « L'Histoire du soldat de Stravinsky est une œuvre extraordinairement rayonnante ! »

Yanowski

Fasciné par les récits fantastiques, le cabaret expressionniste et les rituels chamaniques, Yanowski sera le conteur idéal de L’Histoire du soldat de Stravinsky, lors du "Happy Hour !" du mardi 24 janvier, à 19 heures.

 

En quoi votre histoire familiale a-t-elle pu influencer votre parcours ?

Étant né dans une famille de comédiens, j’ai été nourri de culture populaire. À la maison, il était courant de voir défiler des artistes en tous genres, danseurs de flamenco, guitaristes, travestis… Après des voyages en Amérique du Sud et des études de philosophie à Montpellier, j’ai développé une carrière d’auteur-compositeur, conteur, mime… principalement en France à travers Le Cirque des mirages, un duo expressionniste que je forme avec le pianiste Fred Parker depuis 2000.

Comment présenter L’Histoire du soldat ?

C’est une sorte d’« opéra de chambre », conçu en 1917 par Igor Stravinsky, pour trois récitants et sept instrumentistes, sur un texte de l’auteur suisse Charles-Ferdinand Ramuz. Pour faire court et sans dévoiler le dénouement, c’est l’histoire d’un soldat qui revient de la guerre et fait un pacte avec le Diable pour obtenir un livre qui prédit l’avenir. Cette histoire est inspirée d’un conte russe, extrêmement riche de sens, qui résonne hélas avec notre actualité. Le hasard fait que, il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de séjourner à Lens, en Suisse, dans le chalet du peintre Albert Muret où séjournèrent Ramuz et Stravinsky, à l’époque de l’écriture de L’Histoire du soldat. Dans la version que nous donnons à Liège, j’incarne les trois personnages (le conteur, le Soldat et le Diable). Le texte le permet car les personnages ne parlent pas en même temps. De plus, à la scène, il est très facile de changer de personnage au moyen d’un seul objet (un chapeau, une cravate…). À l’inverse du cinéma qui utilise souvent trop d’éléments, le théâtre peut se contenter d’un seul accessoire pour simplement suggérer. Dans L’Histoire du soldat, le texte est tour à tour parlé, scandé, chanté… C’est une œuvre extraordinairement rayonnante que je suis très content d’aborder pour la première fois à Liège.

Peut-on faire un parallèle avec le monde du cirque et celui du jazz ?

L’œuvre a un pied dans la musique classique et un pied dans la musique populaire, avec ces tango, valse, ragtime, paso doble revisités. C’est en outre un hommage à la France et spécialement à Paris, où Stravinsky a été au contact d’une extraordinaire richesse culturelle.

Cette œuvre s’adresse-t-elle autant aux enfants qu’aux adultes ?

Oui car on peut la lire à plusieurs niveaux. C’est à la fois un conte populaire qui peut divertir les enfants par sa recherche effrénée du bonheur, et une histoire qui peut nourrir la réflexion des adultes sur le sens de la vie, la guerre, la notion d’exil, le pacte avec tous les artifices qui peuvent se présenter à nous. On peut aussi en faire une lecture au niveau politique. Le Diable, c’est peut-être aussi l’ultralibéralisme, le fascisme, le néonazisme…

Y a-t-il une morale ?

Pour moi, elle rejoint l’idée du bouddhisme selon laquelle le bonheur n’est pas à chercher à l’extérieur de soi mais en soi. D’un point de vue psychanalytique, il s’agit de contrer la tyrannie du Ça, le « pôle pulsionnel » de l’individu. Mais paradoxalement, le texte de Ramuz peut aussi se lire d’un point de vue politique comme une mise en garde contre le repli sur soi. À travers la culture, la poésie, c’est une invitation à aller vers les autres, à la rencontre de la diversité culturelle. C’est un acte de résistance !

Propos recueillis par Éric Mairlot

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