Victor Julien-Laferrière « Ce concerto porte une immense charge émotionnelle, tournée vers un monde ancien, un monde perdu. »
Premier Prix du premier Concours Reine Elisabeth consacré au violoncelle, en 2017, le violoncelliste français revient à Liège les 12 et 13 novembre dans le Concerto d'Elgar. L'OPRL l'a rencontré pour vous.
Après avoir joué Dvořák et Martinů avec l’OPRL en 2020 et 2021 sous la direction de Gergely Madaras, vous revenez à Mons et à Liège pour une collaboration avec le nouveau Directeur musical de l’OPRL, Lionel Bringuier. Avez-vous déjà travaillé ensemble ?
Oui, nous avons partagé la scène pour la première fois l’an passé en France. C’est un musicien avec qui j’ai beaucoup d’affinités : il a quatre ans de plus que moi et était lui-même violoncelliste avant de se tourner très tôt vers la direction. C’est un nom avec lequel j’ai grandi, j’entendais parler de ses exploits… Notre première collaboration s’est faite avec le Concerto d’Elgar, que je jouerai avec l’OPRL. C’est une œuvre incontournable qui m’est très chère, et la formation de violoncelliste de Lionel transparaît dans son approche de ce répertoire. Après Liège, je le retrouverai avec d’autres orchestres pour jouer Chostakovitch et Schumann.
Ce qui me fascine aujourd’hui beaucoup dans ce concerto, c’est le moment de la vie d’Elgar où il a vu le jour : juste après la Première Guerre mondiale, qui l’avait profondément affecté.
Quelle est votre relation à cette œuvre d’Elgar ?
C’est un concerto dont les violoncellistes se sentent souvent proches assez tôt dans leur vie. Je ressens pour cette œuvre un mélange de sentiments assez variés, comme pour tout ce qui nous a accompagnés à différentes périodes de notre vie. Ce qui me fascine aujourd’hui beaucoup dans ce concerto, c’est le moment de la vie d’Elgar où il a vu le jour : juste après la Première Guerre mondiale, qui l’avait profondément affecté. Il nous livre alors ce concerto poignant, à un moment charnière de l’histoire de la musique (notamment en Angleterre), avec tout son héritage romantique et post-romantique et toute cette charge émotionnelle, tournée vers un monde ancien, un monde perdu. Alors que cette œuvre est contemporaine de créations de Schoenberg ou Hindemith, nous voyons ici Elgar comme tourné vers le passé, comme le serait l’écrivain Stefan Zweig, mais dans son cas, un monde anglais.
Vous développez une activité de chef d’orchestre parallèlement à votre carrière de violoncelliste. Comment équilibrez-vous les deux ?
Plutôt que de penser en termes d’équilibre, il faut plutôt imaginer une grande effervescence qui me plaît beaucoup, mais qui n’est
justement pas toujours la plus équilibrée ! Cela fonctionne plutôt par périodes, sans que j’aie vraiment la maîtrise de mon emploi du temps, mais avec de très beaux projets dans les deux domaines. J’essaie de pratiquer les deux activités quotidiennement pour garantir une approche profonde dans chaque domaine. Ainsi, aucune ne passe « après » l’autre ni ne devient superficielle.
Quand vous êtes soliste aux côtés d’un chef et d’un orchestre, comment ressentez-vous la situation ?
Je suis heureux de diviser les rôles et de me confier à un chef qui crée un écrin pour que je puisse m’exprimer de la manière la plus libre possible. Ayant souvent la charge complète, j’accueille ces collaborations avec soulagement et empathie, ce qui me permet de mieux m’imprégner de ses intentions et d’en profiter, au plus près.
Propos recueillis par Séverine Meers