Focus

Alfred Hitchcock et Bernard Herrmann dans "Psychose"

Psychose

Le 13 et 16 mai à Liège, le 15 mai à Bruxelles, l'OPRL vous invite un ciné-concert "100 % frissons" avec l'un des films les plus haletants du Maître du suspense.  

Lorsque Psychose sort en 1960, Alfred Hitchcock et Bernard Herrmann bousculent profondément les codes du cinéma. Le film, tourné avec des moyens réduits, devient pourtant l’un des grands chocs narratifs de l’histoire et l’une des plus belles réussites de leurs 13 années de collaboration.

L’une des décisions les plus audacieuses d’Hitchcock est de faire mourir son personnage principal, Marion, au bout de seulement 45 minutes, alors qu’elle est incarnée par Janet Leigh, la star du film. À la sortie, Hitchcock impose aux salles une règle inédite : ne laisser entrer aucun spectateur une fois le film commencé.
La raison est minutieusement calculée : le spectateur doit vivre l’histoire de Marion en temps réel, assister à son vol, ressentir son angoisse, s’attacher à elle, sans quoi la scène de la douche ne produirait pas le choc désiré.

La musique d’Herrmann renforce cette illusion dramatique et participe subtilement à la tromperie. Ses cordes nerveuses, ses motifs haletants accompagnent chaque décision de Marion et traduisent son état d’esprit. Tout spectateur de l’époque pense alors que le film est un thriller centré sur la faute morale de Marion, et qu’il va la suivre dans sa fuite. Mais ce que la musique ne dit jamais — et c’est là le tour de force — c’est la véritable nature du danger. Le spectateur se dit simplement : « Comment va-t-elle s’en sortir ? »

 


« 33 % de l’effet de Psychose revient à la musique de Bernard Herrmann. » — Hitchcock

Puis arrive la scène de la douche. Hitchcock voulait la tourner sans musique. Herrmann compose cependant un motif strident, mécanique, dissonant, devenu mythique. À son écoute, Hitchcock comprend que cette musique dépasse l’image : les cordes “assassines” confèrent à la scène une violence sensorielle inédite. En un instant, la musique bascule du psychologique à l’horreur pure. C’est là que la supercherie éclate : le spectateur réalise qu’il a été conduit à s’attacher à un personnage qui n’était en réalité qu’un mirage narratif, et que l’histoire est ailleurs…

C’est ce basculement, porté par la mise en scène, par le montage, mais surtout par la musique, qui fait de Psychose une référence dans l’histoire du cinéma. Hitchcock et Herrmann y opèrent une manipulation émotionnelle d’une précision inégalée : construire un attachement, puis le briser net pour ouvrir le film sur une tout autre histoire. Une leçon de cinéma à elle seule.

Rupture

Au début des années 1960, le marché exige des partitions plus populaires. Hitchcock, attentif au contexte, demande à son ami une évolution stylistique pour Le Rideau déchiré (1966), mais Herrmann refuse de céder aux tendances. Leur rupture est réelle, brutale, mais elle ne résume pas leur histoire.

Car ce qui demeure dépasse largement l’épisode final. Hitchcock a façonné un art du montage où la musique n’est plus un commentaire, mais un vecteur de sensation. Herrmann a démontré que le cinéma peut intégrer des écritures orchestrales audacieuses sans perdre le public — bien au contraire. Ensemble, ils ont créé une grammaire du suspense sonore encore étudiée aujourd’hui.

Leur héritage se mesure à une évidence : depuis eux, il n’est plus possible de penser le thriller sans penser la musique comme une dramaturgie à part entière. Leur collaboration a défini un standard esthétique. Et si leurs chemins se sont séparés, leur œuvre commune reste l’une des plus puissantes signatures de l’histoire du cinéma. Un dialogue de maître à maître, qui continue de résonner bien au-delà de l’écran.

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